Les engrais verts sont des plantes qu’on sème non pas pour les manger, mais pour les laisser travailler le sol à notre place. Elles couvrent la terre, étouffent les adventices, nourrissent la vie du sol, parfois captent l’azote de l’air. Le problème, c’est que la liste des espèces donne le tournis. Voici comment choisir, selon la saison, la place dont vous disposez, le temps que vous avez et ce que vous voulez voir pousser, du balcon à la parcelle.

À quoi servent vraiment les engrais verts

Un engrais vert fait quatre choses, pas toujours en même temps : il couvre le sol (contre la battance et le lessivage), il structure par ses racines (décompactage, galeries), il nourrit quand on le laisse se décomposer, et il abrite des auxiliaires, notamment quand il fleurit. Il ne remplace pas le compost, mais il aide à tenir un sol vivant entre deux cultures.

Les grandes familles

Les légumineuses : vesce, féverole, trèfle, pois fourrager

Elles s’associent à des bactéries qui fixent l’azote de l’air. L’azote restitué varie selon la quantité de matière produite : plus le couvert est dense, plus l’apport est notable. Elles vont bien devant des cultures gourmandes (courges, choux, poireaux).

Les crucifères : moutarde blanche, radis fourrager

À croissance rapide, elles couvrent vite et ont des racines qui explorent le sol. Attention : elles sont de la même famille que les choux, les radis et les navets. Évitez-les juste avant ou après ces cultures, pour ne pas multiplier les maladies communes (la hernie du chou, par exemple).

Les graminées : seigle, avoine

Elles produisent beaucoup de matière, décompactent grâce à leurs racines fasciculées et résistent bien au froid. Le seigle est le champion de l’hiver. Il a toutefois un effet freinant sur la levée des petites graines : on attend quelques semaines après sa destruction pour semer des carottes ou des radis.

Les autres : phacélie et sarrasin

La phacélie pousse presque partout, ne fait partie d’aucune famille de légumes courants (donc aucun souci de rotation) et fait le bonheur des abeilles. Le sarrasin est rapide, étouffe les adventices en été et fleurit vite. Les deux gèlent à l’automne : c’est leur façon de se détruire toutes seules.

Le calendrier en un coup d’œil

Quand semer Espèce Ce qu’il faut savoir
Mars à septembre Phacélie Fleurit en 6 à 8 semaines, gèle en hiver. À faucher avant la graine.
Mai à août Sarrasin À semer après les dernières gelées, cycle court, gèle au premier froid.
Mars à septembre Moutarde blanche Pousse vite, monte vite en graines. Pas avant ou après les choux et radis.
Août à septembre Trèfle incarnat Passe l’hiver, fleurit au printemps. À détruire à la floraison.
Septembre à novembre Seigle, seul ou avec de la vesce Résiste aux gels forts. À détruire au printemps avant l’épiaison.
Septembre à octobre Vesce velue Souvent associée au seigle, qui lui sert de tuteur.
Octobre à novembre Féverole d’hiver Supporte des gels marqués selon la variété. À détruire à la floraison.
Toute la saison Trèfle blanc ou nain Couvre-sol durable pour les allées et les coins tranquilles.

Semer sans prise de tête

Grattez la surface au râteau, semez à la volée, rebouchez en griffant légèrement, puis tassez au dos du râteau ou en marchant. Arrosez si le temps est sec. Pour les doses, suivez celles du sachet : à titre d’ordre de grandeur, comptez environ 15 à 20 g par m² pour le seigle, 8 à 10 g pour la vesce, 1 à 2 g pour la phacélie ou la moutarde, 5 à 8 g pour le sarrasin. Un sachet de 500 g de seigle couvre donc environ 30 m². Pour les graines plus grosses comme la féverole, semez en lignes espacées, une graine tous les 10 cm environ, à 5 cm de profondeur.

Si les oiseaux vous piquent les graines, couvrez d’un voile léger ou d’un paillis fin le temps de la levée.

Détruire sans retourner toute la terre

L’idée est de couper avant que la plante ne monte en graines, puis de laisser la matière en surface. Trois options :

  • Faucher (à la faux, au sécateur, à la débroussailleuse) et laisser en paillis, ou composter si la quantité est grosse.
  • Écraser au rouleau ou au pied, puis couvrir d’une bâche opaque quelques semaines. Les couvertures de ce type étouffent la plante.
  • Laisser le gel faire le travail pour les espèces gélives (phacélie, sarrasin, moutarde).

Après destruction, attendez deux à quatre semaines avant de semer de petites graines. Pour des plants repiqués, ça passe sans attendre.

Selon votre situation

Choisissez votre cas


Balcon ou jardinière

Une jardinière vide en été peut recevoir de la phacélie, du trèfle nain ou du sarrasin : c’est joli, mellifère, et ça protège la terre. À l’automne, un trèfle ou de la mâche en bac couvrent jusqu’au printemps. Fauchez au sécateur et laissez sur place.


Petit jardin

Semez entre deux cultures, dans les planches libres : phacélie en été, seigle et vesce en automne. Un coin dédié aux engrais verts de longue durée fait aussi de l’effet pour les pollinisateurs.


Grand terrain

Vos grandes surfaces gagnent à ne jamais rester nues : seigle-vesce à l’automne, sarrasin ou moutarde en été. Un rouleau ou une faucheuse suffit pour détruire.


Parcelle partagée

Un engrais vert simple (phacélie) évite la grogne des voisins quand une planche reste vide pendant l’été. Prévenez, ça évite les malentendus sur les parcelles qui ont l’air à l’abandon.


Choisir selon votre temps, votre budget et votre œil

Choisissez ce qui vous ressemble


Peu de temps

un seul mélange, semé à la volée, détruit au sécateur ou par le gel. Dix minutes pour dix mètres carrés.


Petit budget

quelques euros le sachet, et un sachet couvre souvent plusieurs dizaines de mètres carrés. C’est l’un des gestes les plus économiques du jardin.


Esthétique

phacélie bleue, sarrasin blanc et rose, trèfle incarnat rouge, moutarde jaune, féverole noire et blanche. Un engrais vert peut être aussi beau qu’un massif.


Système D

les graines de légumineuses d’un reste de sachet de pois ou de haricots (non traités) peuvent servir de couvert d’appoint. Testez sur un petit carré avant de tout semer.


Les pièges

Les crucifères avant les choux, les légumineuses avant des pois ou des fèves (même famille), le seigle avant des semis de petites graines, la féverole qui attire parfois les pucerons noirs, et les limaces qui apprécient le couvert dense. Rien d’insurmontable, mais ça vaut le coup d’y penser avant de semer.

FAQ

Quand semer un engrais vert ?

Tout dépend de la saison : phacélie et moutarde de mars à septembre, sarrasin de mai à août, seigle et vesce de septembre à novembre, féverole d’octobre à novembre.

Faut-il enfouir un engrais vert ?

Pas obligatoirement. Faucher et laisser en surface ou composter est plus doux pour le sol.

Peut-on faire un engrais vert sur un petit espace ?

Oui, même une jardinière. Phacélie ou trèfle nain sont les plus faciles.

Pour aller plus loin

Pour replacer les engrais verts parmi les autres leviers pour le sol, voir le guide compost, paillage et amendements. Le calendrier d’automne se complète avec que faire au jardin en octobre.

🌱 Pour aller plus loin
La planification des rotations et des couverts végétaux sur plusieurs saisons est détaillée dans la formation.