Démarrer son compost, c’est surtout choisir un endroit et décider quoi y mettre en premier. Le reste se rattrape en route : un compost raté ne tue personne, il met juste plus de temps à devenir de la terre. Ici, pas de méthode unique. On passe en revue cinq façons de s’y mettre, de l’appartement au grand terrain, et vous gardez celle qui colle à votre place, à votre temps et à votre portefeuille.

Ce que fait un compost, en deux minutes

Un compost, c’est de la matière organique que des bactéries, des champignons et toute une petite faune (vers, cloportes, collemboles) transforment en humus. Pour bosser, ils réclament quatre choses : de la matière sèche et ligneuse (le carbone), de la matière humide et tendre (l’azote), de l’air et de l’eau.

Un repère simple : pour un seau de matières « vertes » (épluchures, tonte, marc de café), comptez environ deux seaux de matières « brunes » (feuilles mortes, carton, paille, copeaux). Ce ratio n’a rien de sacré. Si ça sent fort, ajoutez du brun. Si rien ne se passe, ajoutez du vert et un peu d’eau.

Cinq façons de démarrer son compost

Le tas libre pour les grands terrains

Un coin à mi-ombre, directement sur la terre pour que les vers montent, et vous empilez. Zéro matériel, zéro budget. Côté inconvénients : c’est moins joli, ça sèche ou ça détrempe selon la météo, et les curieux (hérissons, rats, chiens) y ont accès. Une couche de paille ou un vieux morceau de toile de jute sur le dessus règle déjà une bonne partie des soucis.

Le bac en palettes, grand classique du système D

Quatre palettes de récupération attachées en carré donnent un volume proche du mètre cube, ce qui aide le tas à chauffer. Vérifiez le marquage : HT (traitée à la chaleur) convient, MB (bromure de méthyle) est à éviter. Prévoyez un côté démontable, avec des charnières ou un simple fil de fer, pour pouvoir retourner. Version confort : trois bacs côte à côte, un qu’on remplit, un qui mûrit, un qui est prêt.

Le composteur du commerce pour les petits jardins

En plastique recyclé ou en bois, de 300 à 800 litres. Il est fermé, discret et plus difficile d’accès pour les rongeurs. Il est aussi plus pénible à retourner. Avant d’acheter, demandez à votre mairie ou à votre intercommunalité : beaucoup de collectivités en distribuent gratuitement ou à prix réduit, d’autant que le tri à la source des biodéchets est obligatoire depuis le 1er janvier 2024. Et si le plastique vous gêne, l’article sur le jardin sans plastique remet le débat à plat.

Le lombricomposteur ou le bokashi pour le balcon et l’appartement

Le lombricomposteur est une pile de bacs où des vers spécialisés digèrent vos épluchures. Le bokashi est un seau fermé où l’on fait fermenter les restes avec un son inoculé. Les deux tiennent dans un placard ou sur un balcon abrité. Leurs forces et leurs limites sont comparées dans l’article Quel composteur choisir ?

Le composteur partagé quand vous n’avez rien du tout

Pas de jardin, pas de balcon ? Beaucoup de quartiers, de résidences et de jardins partagés ont un composteur collectif. Vous apportez vos épluchures dans un petit seau fermé, d’autres brassent. La mairie, une association de quartier ou le jardin partagé du coin sont les bonnes portes d’entrée.

Choisir selon votre temps, votre budget et votre œil

Choisissez ce qui vous ressemble


Peu de temps

Tas libre ou bac en palettes, sans retournement. Vous gagnez des heures, vous perdez des mois : comptez 12 mois ou plus avant d’avoir un compost mûr. Pour beaucoup de gens, c’est un excellent deal.


Petit budget

Palettes, cartons récupérés chez les commerçants, feuilles ramassées à l’automne. Le compost le moins cher est aussi celui qui demande le plus de bricolage.


Esthétique

Un bac en planches (douglas, châtaignier) derrière un treillis ou une haie de noisetiers, avec un houblon ou des capucines qui grimpent dessus. Un composteur bien habillé passe pour un meuble de jardin. Et si une courge volontaire s’installe dessus, considérez-le comme un bonus.


Que ça aille vite

Il faut un volume d’au moins un mètre cube, un bon mélange de brun et de vert, et des retournements réguliers. Vite, ici, veut surtout dire plus de temps de votre part.


Le premier remplissage, pas à pas

  1. Posez le bac sur la terre nue. Si vous craignez les rongeurs, glissez dessous un grillage à petites mailles (environ 1 cm).
  2. Étalez 10 cm de matières grossières (petites branches, tiges de fleurs) pour l’air et le drainage.
  3. Alternez des couches de brun et de vert de 5 à 10 cm. Humidifiez au fur et à mesure, comme une éponge bien essorée.
  4. Enfouissez les épluchures sous une couche sèche à chaque apport. C’est le meilleur anti-mouches du monde.
  5. Couvrez, puis vérifiez au bout de deux semaines : le tas doit être humide sans être détrempé, et sentir la terre.

Ce qu’on met, ce qu’on évite

Épluchures de fruits et de légumes, marc de café et filtres, sachets de thé, feuilles mortes, carton brut, tonte (en couches fines), paille, restes du potager : tout ça va très bien. On évite la viande, le poisson, les produits laitiers et les graisses (ils attirent les rongeurs et sentent fort), les plantes malades, les adventices montées en graines et les crottes de chiens et de chats. Les coquilles d’œufs et les agrumes passent, mais lentement : écrasez-les et ne forcez pas la dose.

Combien de temps avant de l’utiliser ?

Entre 3 mois pour un compost chaud, bien géré et retourné, et 12 à 18 mois pour un tas laissé tranquille. Un compost est mûr quand il est brun foncé, friable, et qu’il sent la forêt après la pluie. Si vous reconnaissez encore des morceaux, tamisez : le gros retourne au tas, le fin file au potager.

FAQ

Où placer son compost ?

À mi-ombre, abrité du vent, à portée de brouette. Évitez le plein soleil, qui dessèche le tas, et le fond du jardin si vous n’y allez jamais : on n’apporte que ce qui est facile à apporter.

Faut-il retourner son compost ?

Pas obligatoirement. Retourner accélère les choses et aère. Sans retournement, ça fonctionne aussi, simplement plus lentement. Un coup de fourche pour aérer de temps en temps est un bon compromis.

Peut-on démarrer son compost en hiver ?

Oui. Ça tournera au ralenti quand il gèle et repartira au printemps. L’automne est même la saison où l’on a le plus de matière brune sous la main.

Et si mon compost sent mauvais ?

Ça se rattrape presque toujours. Le guide de dépannage du compost détaille les causes et les solutions.

Pour la suite

Le compost n’est qu’un des trois leviers pour nourrir son sol, avec le paillage et les engrais. Le guide compost, paillage et amendements remet tout cela dans l’ordre, et l’article pour comprendre et analyser son sol vous aide à savoir d’où vous partez.

🌱 Pour aller plus loin
La gestion de la fertilité dans le temps (quand composter, quoi apporter, comment lire l’état de son sol) fait partie de la formation.