On aimerait croire qu’un jardin « naturel » est un jardin sans plastique. Et pourtant : bacs de culture, paillage, goutte-à-goutte, pots de semis, bâches de récup… le plastique est partout. Souvent discret, rarement assumé, il s’invite même dans les démarches les plus vertueuses. La vraie question : où finit tout ce plastique ? Et que change vraiment le fait de l’éviter dans notre jardin, si c’est pour qu’il pollue ailleurs ?
Tous les plastiques ne se valent pas
Avant de bannir ou de culpabiliser, il faut savoir de quoi on parle. Les principaux types au jardin :
PEHD (polyéthylène haute densité) — pots rigides, arrosoirs, systèmes de goutte-à-goutte. Stable, durable, parfois recyclable en déchetterie professionnelle.
PP (polypropylène) — plaques de semis, pots de fleurs, barquettes. Résistant, mais recyclage limité.
PEBD (polyéthylène basse densité) — bâches de paillage, films de serre. Très répandu, peu recyclé en pratique.
PVC — tuyaux, gaines, parfois bacs. Contient des additifs potentiellement problématiques, à éviter autant que possible.
Polycarbonate alvéolaire — serres de jardin. Traitement UV insuffisant à long terme, vieillissement accéléré, recyclage quasi inexistant.
Un tabou plus qu’un intrus
Le plastique coche de nombreuses cases pour les jardiniers : léger, résistant à l’eau, souple ou rigide, bon marché. C’est pourquoi même les exploitations en bio ou permaculture l’utilisent. Bâches de désherbage, godets de semis, systèmes d’irrigation, serres tunnels — dans les jardins particuliers, le plastique est souvent issu de récupération.
Rien de mal à ça. Mais peu de gens se demandent ce que deviennent ces matériaux en fin de vie. Et ce sont souvent eux qui finissent en décharge sauvage, enfouis ou brûlés, faute de filière adaptée.
Recyclable ne veut pas dire recyclé
En France, seulement 26 % des plastiques sont réellement recyclés. 41 % sont incinérés, 33 % enfouis. Même un plastique « recyclable » ne l’est pas automatiquement : il doit être propre, trié, identifié, et une filière locale doit exister pour ce type précis.
Plastique recyclé : mieux que du neuf, mais pas neutre. Il peut encore libérer des microplastiques à l’usure, contient parfois des additifs inconnus, et n’est pas toujours recyclable une deuxième fois.
Plastique récupéré : prolonger une vie, ce n’est pas éviter la mort. La fin de vie reste à anticiper — un plastique vieux et cassant émet plus vite des microplastiques.
Le cas des plastiques « biodégradables »
Ces termes recouvrent des réalités très variables. Un plastique « biodégradable » se fragmente dans des conditions précises (chaleur ≥ 55°C, humidité, oxygène, brassage) — généralement en unité industrielle, pas dans votre composteur.
Le PLA (acide polylactique, utilisé pour certains clips à tomates), met plusieurs années à se dégrader dans un sol vivant. Certains produits « biosourcés » sont composés partiellement de plastique classique. Résultat : ils se désagrègent mais ne disparaissent pas vraiment.
Ces plastiques dits « verts » sont souvent plus marketing qu’écologiques. Mieux vaut des matériaux réellement compostables : foin, BRF, carton brun non imprimé.
Alternatives concrètes
Paillage : foin, paille, tonte sèche, BRF, écorces locales, feuilles mortes. Plus c’est brut, local et biodégradable dans un compost, mieux c’est. Attention à la toile de jute souvent traitée fongicide, aux copeaux exotiques importés, aux paillages « biosourcés » très transformés.
Contenants : godets en terre cuite (cassables mais durables), bacs en bois brut non traité, serres en verre et bois (investissement lourd, mais réparable et recyclable).
Attaches : ficelle sisal, lin ou chanvre — plus chères mais compostables.
Gérer ce qu’on a déjà
Prolonger la vie des plastiques existants : ranger les pots à l’ombre pour éviter le craquèlement, réparer les bâches avec des rustines, nettoyer et sécher avant stockage.
Pour le recyclage : les pots rigides en PEHD sont acceptés dans certaines déchetteries professionnelles, les pots PP dans certaines coopératives agricoles. Les serres métalliques se recyclent, leurs bâches rarement.
Règle simple : si c’est cassé et fragmenté → déchetterie avec précaution. Si c’est sain, rigide et lavable → réutiliser.
Conclusion : la trajectoire compte plus que la pureté
Utiliser du plastique ne fait pas d’un jardinier un pollueur irresponsable. Tout remplacer d’un coup par des alternatives coûteuses ou douteuses ne fait pas non plus d’eux un héros de l’écologie.
Ce qui compte, c’est la conscience dans les choix et leur trajectoire : est-ce que ce que j’utilise est durable ? Est-ce que je peux le prolonger, le réparer ? Est-ce que je me laisse une porte ouverte pour évoluer ?
La culpabilité ne fait pas pousser les tomates. Ce qui fait avancer, c’est l’envie, la curiosité, et la confiance dans le fait qu’on peut s’améliorer, étape par étape.
🌱 Pour aller plus loin
Gestion avancée des intrants plastiques à l’échelle d’un système maraîcher, bilan de cycle de vie des matériaux alternatifs, stratégies de substitution progressive font partie des sujets abordés dans la formation.
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